L'EGLISE SAINT PELERIN ET SA "CRYPTE"

Extrait de l'étude de Fabrice HENRION, archéologue chargé d’études au centre d’études Médiévales d’Auxerre

L’ancienne église Saint-Pèlerin est située au sud-est du castrum du Bas-Empire, non loin de l’Yonne. La première mention de cette église remonte à l’épiscopat de Geoffroy de Champallement (1054-1076) : il s’agit alors d’une modeste chapelle, rendue à l’Eglise d’Auxerre avec ses dépendances. Elle devient paroissiale au cours du premier tiers du XIIe siècle, et en 1143, l’évêque Hugues de Mâcon rattache l’église et la paroisse au prieuré de chanoines réguliers de Saint-Pierre-en-Vallée. On ne connaît pas grand chose de l’histoire de l’édifice au cours du Moyen Âge, mais il semble qu’il ait été entièrement reconstruit dans la seconde moitié du XVIe siècle. On a alors créé un sous-sol afin d’isoler la nouvelle église de l’humidité et des crues de l’Yonne. D’autres travaux sont réalisés au XVIIe siècle (en particulier dans les années 1630 sur les bas-côtés et les couvertures) et l’ensemble sera vendu comme bien national le 25 octobre 1791. Les sept travées de la nef sont alors transformées en immeuble d’habitation et seul le sanctuaire est conservé. Il deviendra Eglise évangélique en 1866 et fera partie des paroisses qui intégreront l’Eglise réformée de France en 1938.

Une tradition, ne remontant pourtant qu’au XVIe siècle, veut que l’église Saint-Pèlerin soit à l’emplacement de la cathédrale que le premier évêque (saint Pèlerin pour la tradition) aurait fait construire. Une autre tradition voyait dans le puits de Saint-Jovinien, conservé dans le sous-sol moderne, le baptistère des premiers chrétiens de la Cité. Ce puits faisait l’objet de deux pèlerinages : l’un, le 5 mai, jour de la fête de saint Jovinien (l’eau du puits était réputée guérir des fièvres) et l’autre, le 16 mai, jour de la fête de saint Pèlerin, donnait lieu à la vente de « la terre de Saint-Pèlerin » prise autour du puits et efficace contre les serpents et leur morsure.

Afin de vérifier l’ancienneté du lieu, René Louis entreprit des fouilles aux abords du puits en 1927, qu’il étendit l’année suivante à une bonne moitié du sous-sol. Les terrassiers mirent au jour les fondations d’un édifice à une nef, abside à pans coupés et annexes, ainsi que des inhumations dont les défunts étaient accompagnés de pots à encens ou à eau bénite. René Louis comprit rapidement que ces vestiges correspondaient à une construction du XIIe siècle, et après beaucoup d’hésitations conclut que celle-ci reposait sur des fondations plus anciennes. On remarque en effet au pied des maçonneries des pierres en saillies qu’il interpréta d’abord comme une construction carolingienne, puis comme les restes de l’église fondée par saint Pèlerin et le puits comme le premier baptistère, avant que la cathédrale ne soit transférée par saint Amâtre (358-418) à son emplacement actuel.

Cette localisation de la première cathédrale d’Auxerre à Saint-Pèlerin a depuis été contestée par Jean-Charles Picard qui a proposé, en 1992, qu’elle puisse avoir été à l’emplacement de l’église Saint-Alban, située dans l’angle sud-ouest du castrum.

La campagne de nettoyage et le relevé des structures mises au jour en 1927-1928, menée au printemps 2009, a permis non seulement de montrer la présence de plusieurs états là où une seule phase était considérée, mais également de comprendre un état jusqu’à présent inédit et daté du XVe siècle.

Quant au plan de l’église romane, la simple lecture des vestiges accessibles sans fouilles complémentaires montre qu’il résulte d’au moins trois phases de construction.

Nous ne suivrons pas René Louis qui voyait dans les ressauts de fondations les vestiges d’un édifice antérieur : la typologie de la construction et des mortiers montre qu’il s’agit bien d’un même état. Par contre, les pans coupés extérieurs de l’abside procèdent d’une reprise très nette attestée par la différence des mortiers. Le moyen appareil du parement du pan nord, le plus accessible, présente des traces de brettures que l’on peut placer aux XIIIe-XIVe siècles. Une partie au moins de ces blocs est taillée dans un calcaire à Lumachelles, dont l’utilisation, à Auxerre, est plutôt attestée à l’époque gothique (cf. abbaye Saint-Germain ou cathédrale Saint-Etienne).

Avec la reprise de l’abside, on aurait tendance à mettre en relation la partition de la travée orientale du collatéral nord, peut-être pour la construction d’un clocher. L’idée d’une « crypte » abritant les reliques de saint Juvinien doit être abandonnée, non seulement parce que rien n’indique leur présence à Saint-Pèlerin[1] mais de plus ce petit espace quadrangulaire résulte de l’évolution du bâtiment et non pas d’une création.

En résumé, on retiendra de cette première campagne qu’il n’y a pas de traces d’une construction antérieure au XIIe siècle, sinon en considérant que les blocs présentant des traces de polka, remployés dans la maçonnerie romane, peuvent provenir d’une construction carolingienne. L’église mise au jour par René Louis correspond bien à une construction du XIIe siècle, mais l’abside et le collatéral nord sont repris aux XIIIe-XIVe siècles. On ne connaît pas encore les dimensions de cet édifice qui peut soit correspondre à l’emprise actuelle du bâtiment (temple et habitions réunis), soit le décalage dans l’alignement du gouttereau sud pourrait indiquer la position primitive de la façade.

L’état roman a jusqu’à présent été comparé, du fait de l’abside à pans coupés extérieurs, aux églises de Bléneau, Garchy ou encore Quenne[2], mais les données nouvellement acquises relancent la recherche de comparaisons.

[1] René Louis imaginait leur présence à Saint-Pèlerin du fait de la restitution de la capella sancti Peregrini à l’Eglise d’Auxerre sous l’épiscopat de Geoffroy de Champallement, qui donnera des reliques de Juvinien (le chef et un bras) aux moines de La Charité-sur-Loire vers 1071 (Louis 1928, p. 7-8).

[2] Arnaud 2009, p. 526-532, 670-675, 858-862.

L’IMMEUBLE DE L’EGLISE SAINT-PELERIN

 AU XIX ° SIECLE

Le 12 avril 1823,       la totalité de l’église saint-Pèlerin est achetée par Monsieur Louis Médard BAUDOIN, demeurant à Paris, au Sieur Jean Hubert MICHAULT, marchand de vin, demeurant à Paris, rue des deux ponts, Ile saint-Louis n° 11. En vertu d’un contrat passé devant Maitre CHAUVELOT, notaire à Auxerre.

Transcrit au bureau des hypothèques à Auxerre le 16 juin 1823 (volume 103, n° 58)

Le  15 avril 1837,      l’immeuble est attribué par succession à Monsieur Henri BAUDOUIN, époux de Madame Robertine Victorine de BONNIERE demeurant ensemble à NANTOU, commune de POURRAIN (Yonne).

Le 29 janvier 1853,   l’immeuble consistait en un corps de bâtiment formant les 3/7 environ de l’ancienne église saint-Pèlerin, il est acquis par Monsieur Wilhelm, Fréderic, Georges, Luois, Marie, Auguste FISCH, époux de Madame Emilie du PLESSIS (mariés sous le régime de la communauté)

Le 14 décembre 1881,          l’immeuble est transmis par succession  à son fils, seul héritier. Par acte reçu par Maitre LEMAITRE, notaire à Paris.

Dans le même acte Madame Veuve FISCH reconnaît qu’elle n’a plus aucun droit sur ce bien.

Le 25 juin 1883,         lors de la constitution de la SOCIETE CIVILE DES IMMEUBLES DE LA SOCIETE EVANGELIQUE DE France  (76, rue d’Assas à Paris puis 32 rue de Vaugirard), le Pasteur Auguste, Louis, Marie FISCH et son épouse Claire, Louise Henriette (dite Clara) DUPLAN demeurant ensemble à Paris, 38 rue de Turin, donne en apport personnel l’immeuble saint Pèlerin à Auxerre.

En décembre 1906,    la société est dissoute par liquidation en assemblée générale, ses biens sont cédés gratuitement  à la SOCIETE EVANGELIQUE DE France

(Union d’association  cultuelles )  20 rue Jacob, Paris. En exécution de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

27 septembre 1906,   déclaration à la Préfecture de l’Yonne de la création de l’ Association cultuelle de l’EGLISE REFORMEE D’AUXERRE dont le siège est au Temple 31 rue Saint-Pèlerin.

Ouvrages consultés:

- Saint Pélerin premier évêque d’Auxerre, martyr en Puisaye par G.Grossier

- Saint Pélerin d’Auxerre par G.Vanneau

 

Quelques images du temple et de la crypte...

.

intérieur de la crypte